El Desdichado

Un jeu oulipien consiste à réécrire El Desdichado de Gérard de Nerval à l’aide d’une ou de plusieurs contraintes (ce site de Nicolas Graner recense cette aventure poétique).

deux acrosémantiches
une disvenente
une version énervée

une version parano
un acrostiche d’hémistiches
un #lurapido
un caviardage
une carte de vœu
un monovocalisme en E
en controlorimes
en anagrammes
en vers holorimes
une perecquienne
avec des lettres escamotables
Autoportrait d’un Ténébreux
En panscrabblogramme

Deux acrosémantiches

Pour le principe des acrosémantiches, voir ici

HERBE ET DIPCADI

En intégrant le texte original et en insérant des noms de plantes
Verticalement, on lit
GERARD DE NERVAL LABRUNIE

Gesse -uis le ténébreux, — l’
Euphorbe -eau veuf, — le
Radis -eux inconsolé, le prince de Castell-
Anémone -arque d’Aquitaine mig-
Reine-des-prés -sif à la tour abolie : Ma seule étoile, polaire, que
Digitale -ienne est morte, — et mon luth
Doronic -kel constellé porte le soleil noir et l’
Erine -assouvi de la Mélancolie. Dans la nuit du tombeau, troufig-
Narcisse -ombre, toi qui m’as consolé, Rends-moi le Pausilippe
Epilobe -scure mer d’Italie, La fleur de
Renoncule -ysse cueillit jadis et qui plaisait tant à mon cœur désolé, Et les
Vesce -tiges de la treille où le pampre à la rose s’allie. Suis-je Mél-
Ancolie, Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ? Mon front est rouge encor du câ-
Lin et du baiser de la reine ; J’ai rêvé comme un
Liondent la grotte où nagent les
Adonis -ois et la sirène à la
Barbe-de-bouc,
Reine-des-bois -sons alcoolisées… Et n’ayant rien à envier, question all-
Urosperme -atozoïdes, j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron : Modulant tour à tour sur le
Nombril de vénus et sur la l-
Iris -panique d’Orphée Les soupirs de la sainte en gu-
Epiaire et les cris de la fée.

Géranium nepalense

Des éléments (en bleu) ont été rajoutés au texte original (en vert) pour faire apparaître, homophoniquement, la suite des noms de végétaux (en orange)

[GESSE] Je suis le ténébreux, — le fort beau [EUPHORBE] veuf, — le radieux [RADIS] inconsolé

Le prince de Castellane et monarque [ANÉNOME] d’Aquitaine migraineux, dépressif, [REINE DES PRÉS] à la tour abolie :

Ma seule étoile, polaire, que dis-je ? italienne [DIGITALE] est morte, — et mon luth d’or au nickel [DORONIC] constellé

porte le soleil noir et l’air inassouvi [ERINE] de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, troufignard si sombre, [NARCISSE] toi qui m’as consolé,

Rends-moi le Pausilippe et pis l’obscure [EPILOBE] mer d’Italie,

La fleur de renom qu’Ulysse cueillit jadis et [RENONCULE] qui plaisait tant à mon cœur désolé,

Et les vestiges de [VESSE] la treille où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Mélancolie, [ANCOLIE] Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?

Mon front est rouge encor du câlin et [LIN] du baiser de la reine ;

J’ai rêvé comme un lion dans [LIONDENT] la grotte où nagent les ados niçois et [ADONIS] la sirène à la barbe de bouc, [BARBE DE BOUC] reine des boissons [REINE DES BOIS] alcoolisées…

Et n’ayant rien à envier, question allure aux spermatozoïdes, [UROSPERME] j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron,

Modulant tour à tour sur le nombril de Vénus et [NOMBRIL DE VÉNUS] sur la lyre hispanique [IRIS] d’Orphée

Les soupirs de la sainte en guépière [EPIAIRE] et les cris de la fée.

EL DESDICHADO rit fort

Sous la forme d’un sonnet
Verticalement, on lit
ACROSÉMANTICHÉ
Le registre des premiers mots est celui des petites bestioles.

Araignée du matin au soir, ténébreux prin-
Cepphis d’Anjou, pleurant ma très aimée tentat-
Rhysse cannelle -undi treize mai d’un térat-
Omophron contracté juste après une min-

Scopula -tion, j’ai éprouvé de grands chagrins
Épeire -du le goût de vivre, celui des pâtes
Mite -onnées à Pausilippe et celui des at-
Acarien n’y comprendre ! Suis-je à jamais un

Nymphe -érieur ? Un morpion de Pubis ? J’ai emprun-
Téléphore -tes pentes du fol espoir qui at-
Isodonte des notes inconnues. Sur un

Charançon temps, j’ai vendu des citrons, cyprins,
Hespérie -des, silènes, sirops à l’eau, pât-
Écailles, soupe irlandaise et bagues d’or fin.

Gerridae Nervosa

Lire :
A régner [ARAIGNÉE] du matin au soir, ténébreux prince et fils [CEPPHIS] d’Anjou,
pleurant ma très aimée tentatrice, canée lundi [RHYSSE CANNELLE] treize mai,
d’un tératome au front [OMOPHRON] contracté juste après une mince copulation [SCOPULA],
j’ai éprouvé de grands chagrins et perdu [EPEIRE] le goût de vivre,
celui des pâtes mitonnées [MITE] à Pausilippe et celui des attaques. (à rien |ACARIEN] n’y comprendre !)
Suis-je à jamais un inférieur [NYMPHE] ? Un morpion de Pubis ?
J’ai emprunté les fortes [TÉLÉPHORE] pentes du fol espoir
qui attise aux dontes [ISODONTE] des notes inconnues.
Sur un char, en son [CHARANCON] temps, j’ai vendu des citrons, cyprins,
Espérides,
[HESPÉRIE] silènes, sirops à l’eau, pâtés, cailles [ÉCAILLE] ,
Soupe irlandaise et bagues d’or fin.

El Disvichado

Voici une disvenente : réécriture du poème en n’utilisant que des mots sans E (lipogramme en E) ou des mots n’utilisant que la voyelle E (monovocalisme en E) :

Par exemple,
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

devient
Mon front est zinzolin du bisou de ma femme ;

El Disvichado

    Je suis l’enténébré, — le vif, — l’être abattu
    Fils d’un roi aquitain à la tour ébréchée :
    Ma star est décédée, — et mon luth inconnu
    Mêle à mes rêves noirs des sons désespérés.

    Dans la nuit des koubbas, toi qui m’as repêché,
    Rends-moi la mer d’Olbia et les Champs Phlégréens,
    Le sénevé des champs qui me piquait le nez,
    Et le truc où la gesse est mêlée aux raisins.

    Suis-je Amour ou Putto ? …  Lusignan ou Biron ?
    Mon front est zinzolin du bisou de ma femme ;
    J’ai rêvé du tocsin jouant dans un ashram …

    Et j’ai trois fois, gagnant, parcouru l’Aliakmon :
    Modulant tour à tour au plectre de Céphée
    Les soupirs de la mère et les cris de la fée.

Gerbert de Narval

Notes :

Rends-moi la Pausilippe et la mer d’Italie
devient
Rends-moi la mer d’Olbia et les champs Phlégréens
(ce qui, géographiquement, se tient)

La fleur qui plaisait tant à mon coeur désolé
devient
Le senevé des champs qui me piquait le nez
(le senevé est sorte de moutarde sauvage)

J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène …
devient
J’ai rêvé du tocsin jouant dans un ashram …
(jeu de mot entre « sirène » et « tocsin »)

El Plinldo

Je suis véner de ouf et ça me casse les c…
Je pense à qui tu sais, Abaclar et sa team
Ma seule étoile est morte et ce con de Perec
Moque mon sonnet noir et ma caresse intime.

Acrostiche ou rondeau, ils s’en battent les steaks
Et pastichent ma peine en viles holorimes.
La fleur qui plaisait tant à mon cœur, pour ces mecs,
Devient amusement et j’en suis la victime.

Je souffre et ma douleur est l’objet de bons mots.
Je suis souffre-douleur ; Queneau est mon bourreau.
J’ai rêvé dans la grotte… Un d’eux a écrit « crotte ».

J’ai quand même deux fois traversé l’Achéron
Tandis que ces guignols disaient : « C’est là qu’est Rond ! ».
Comment ça s’fait trop pas ! Je hais les Oulipotes.

Gérard éNervé

Note : Abaclar est le nom collectif d’auteurs de « Je suis le ténébreux »

El Poursuivando

Où l’on avait pas bien saisi le sens de « Je suis le ténébreux »

Je suis Leténébreux, le veuf, le possédé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie.
Ma seule étoile est morte et je suis emmerdé
Par Gérard qui me suit de manière impolie.

Dans la nuit du tombeau, je l’avais consolé,
Mais après, j’ai tenté de gagner l’Italie.
Il voulait une fleur. J’ai mimé : « Désolé ! »
En tâtonnant ma poche et feignant l’alalie.

Suis-je celui qu’on suit ? Qui suis-je ? Me suit-on ?
Cette ombre existe-t-elle ? Et d’où vient cette gêne ?
Je la sens, là, derrière, au troquet « chez Eugène ».

Stoppons ce suiveur fou, joueur de barbiton,
Avant d’entendre, hélas, la rumeur affolée
Des soupirs de la sainte et des cris de la fée.

Jean Néralbol

El Desdo El Dodo

Acrostiche d’hémistiche (voir ici)

Je ne suis que ténèbre à mon tour aboulique
et veuf mélancolique au doux luth constellé ;
L’inconsolable inèbre au sombre mausolée
offert au soleil noir de ces roses qui piquent
A l’ombre de Vénus le cœur de mes cantiques
et de mon désespoir sur la lyre d’Orphée.
Suis-je Amour ou Phébus ? Lusignan ou Céphée ?

Je ne suis que ténébre et veuf mélancolique
L’inconsolable inèbre offert au soleil noir,
A l’ombre de Vénus et de mon désespoir.

Suis-je Amour ou Phébus ? Je ne suis que ténébre,
L’inconsolable inèbre à l’ombre de Vénus.

Suis-je Amour ou Phébus ? L’inconsolable inèbre ?

Suis-je Amour ou Phébus ? Suis-je Amour ou Phébus ?

Gérd Neal rdalal

El Lurapido

#lurapido (voir ici)

Je suis la fée.

Gel

El Dico

Je suis le bref. Olé !
Le prince qui aboie :
Le Mormon hôtelé
Porte Nord, à Éloie.

La nuit m’a isolé,
en slip, et l’ami lie
La fleur qui l’a saoulé,
Et l’ail à Rosalie.

Jeu : Rébus ? L’UN à Bron
et en bas de l’arène,
a rêvé dans la graine …

Et DEUX vaque à Véron.
Mon tout usa l’orée,
Le pire l’a sacrée.

Gé.Néral

Notes : A partir du texte original, certaines lettres ont été enlevées :

Réponse au rébus :

L’UN à Bron
et en bas de l’arène,
a rêvé dans la graine …

Bron se situe en banlieue reculée de Lyon
L’en bas de l’arène est l’endroit le plus en recul de l’arène
Tandis que la graine, partie solide du noyau de la Terre, c’est bien aussi un endroit reculé.
Mon premier est donc
TRA
car
TRA vaut des reculs (travaux d’Hercule)

Et DEUX vaque à Véron.
C’est MONTI car MONTI vit l’Yonne (Montivillionne)

Mon tout usa l’orée,
Le pire l’a sacrée.

Mon tout est
TRAMONTI, commune italienne dont Wikipedia ne donne aucun détail, ce qui laisse imaginer qu’elle s’est construite en s’étendant sur les bois alentours (elle usa l’orée), ce qui lui a valu le titre de Reine du béton (le pire l’a sacrée).

El Bonano

Un vers sur deux est inchangé.

Je suis le ténébreux, – le veuf, – l’inconsolé,
Mais je veux vous souhaiter une très bonne année :
Ma seule étoile est morte, – et mon luth constellé
Joue « A Merry Christmas », la touche enrubannée.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’a consolé,
Laisse-moi t’embrasser sous le gui ou l’aunée,
(La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé)
Et allumons un feu digne d’une jaunée.

– Suis-je Amour ou Phébus ? … Lusignan ou Biron ?
– Suis-je papa Noël ? Où ai-je mis mon renne ?
(J’ai rêvé.) – Dans la grotte où nage la sirène …

Buvons, chantons, dansons ! Évitons l’omicron !
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les pouëts et les flonflons. Deux mil vingt-deux est née.

Géveillon de Noël

Elle, déesse de chez déesse

Elle est l’enténébrée ex-nénette d’Ernest
Déesse de Némée en ses fertés fêlées
Le mec est décédé et ses frestels célestes
L’emmènent en l’Enfer de ses spleens ensellé.

Je l’enserre de près vers les stèles de Brest
Je rends ses mers de sel et ses terres gelées,
L’herbe, d’elle, rêvée en ses éternels gestes
Et le chêne pérenne, en ses près, recélé.

Est-elle Fée ? Fessée ? Céphée d’enterrement ?
Ses pensées entêtées semblent cendrer ses tempes.
En ce therme secret, elle se jette et trempe.

Et elle est célébrée cheffe des Sept Gréements.
Estelle berce net, des crécelles d’Énée,
Les bêlements de fées des mères emmenées.

Gérerd de Nervel


Elle, déesse, dit Chat ado

Controlorimes (hexasyllabes et octosyllabes nord-sud, voir ici)

Un consolé y a scié
Ma vielle (luth). Ah, vois
Ma vie : elle lutta, voua
Un con soleil à Sciez.

Dansez nus, ilotes, boas
Sur la treille et l’aubier
Sûr ! L’attrait y est, l’aube y est,
Dans ses nuits, l’hôte boit.

Suis-je un roi ? Lusignan ?
Suis-je un roux à l’usine ? – Hi-han !
Pouët !, ose un géranium.

J’ai mis au lait sept ans six hyènes
J’ai miaulé cette ancienne :
« Poète ! Oz ! Ingère Annie, Homme ! »

Jet rare de nerf oval

L’ode d’Achides

Chaque vers est l’anagramme du vers correspondant du poème original
S’en trouvent un peu sacrifiés sous la contrainte :
– la métrique (le nombre de pieds varie d’un vers à l’autre)
– le système des rimes (beaucoup plus pauvre et peu respectueux de la prosodie ophycielle)
– le sens général (certains vers partant clairement dans une direction qui a plus d’une fois dérouté son auteur – mais quand je relis El Desdichado, je me dis que c’est pas moi qu’a commencé !)

L’ode d’Achides

Lune s’enfuit, recèle les bijoux envolés.
Adieu à l’or nanti que porta le ciel bai.
L’Homo Erectus s’est éteint. Noël allume le totem.
On prie le Soleil. L’art décolle. On aime.

Ô, coulait, autant que dans son Sud immobile,
La pluie perlée, matin, d’atomes d’iris, pile
Quand au ciel étoilé, la Folie, optant sur Mars
Pour l’alalie, arma l’été et le Soleil parse.

Un jour bossu pousse, ou bien l’agir humain,
Ou son consentement relié de froid bagarreur,
À la joie traversant l’idée – ange songeur –
d’un exquis et jovial été. Oh ! Erreur ! Fracas vain !
Le noyau porteur de mort hurla : « Tu dors là ! »
Fi de l’être sot, de ses asiles. Plus rien ! … À Cela !

Gérald de Nervar

Le désert ? Ite !

Chaque vers rime totalement avec un autre vers
Par exemple :
Dans ces tombeaux cuivre où tutti étant pleur
Dansait ton beau cul ivre où tout y est ampleur.

Le désert ? Ite !

Mi-roquet, ténébreux, ce veuf incommun pleure
Sa femme évanescente – un Mozart aboli
Miro, quétaine, hébreux – se veut fin comme un pleure,
S’affame et va, nez sans teint – mozarabe au lit – :

– M’ira-t-on chercher la rose que Rita lie
Dans ces tombeaux cuivre où tutti étant pleur
Mi-raton ! (cher!) chez l’arrose-cœur (Italie),
Dansait ton beau cul ivre où tout y est ampleur.

Jeune ? Âgé ? Victor ? Yeuve ? Ernest ? Onan ? Bi ? Rème ?
Hilare et véloce, est-il ibère et débris ?
Il a rêvé l’Ossétie libérée des bris.

Je nageais victorieux vers Neston. En birème,
Sa lyre a résonné. Là, sa voix sans jouer
s’alliera, raisonnée. La Savoie s’enjouait.

J’ai deux haines

La disparado

Si Gérard de Nerval a perdu son étoile, ici, Anton a perdu autre chose.
Mais quoi ? Mystère !!!

La disparado

Anton sombra sans fin dans un trou abyssal.
L’aquitain fut saisi par la disparition
D’un histrion aimant, son compagnon sponsal.
Son luth hurla trois jours à son abolition.

Un coquillart tombal fut un confort dorsal
Pour Anton qui voulut tarir la prodition
D’un ami disparu, d’un bourdon colossal
Mais un carillon bruit brisant sa nolition.

Consulta-t-il Dolto, Mannoni ou Lacan ?
Son front rougit toujours à propos d’un dissout,
D’un mot qu’on prononça du fond d’un gauillassou.

Il alla d’A à Z sans y voir un manquant
Pourtant il lui parut qu’à tout, tout parut vain
Puis il joua un air sur son violon divin.

Georard de Perval

El descamoté

Règle : Une lettre est escamotable si lorsqu’on l’enlève, la prononciation de la « phrase » est identique (liaisons comprises)

Une lettre par vers est escamotable est la suite de ces lettres forme une phrase.
(solution à la suite)

El descamoté

Je suis un vieil inuit au fou katajjaniq,
Prince d’Arnex-sur-Orbe à la tour anodine,
Mon cœur est emporté, noyé par un nodvik
Taguant un soleil noir sur le nez d’une ondine.

Au soir du seize juin, j’ai cueilli la panic
Et les crêtes de coq d’une paissance andine
Pour coller à côté de votre doronic
Sur le pampre rosi (d’un iraquien, pardine !)

Suis-je Phébus, Amour, Lusignan ou Biron ?
Ma face fut orange au bisou de la reine
Et même rouge sang – Toi, Ô, ma souveraine ! –

J’ai traversé, champion, l’Yonne sans aviron,
Jouant à l’orphéon, en aeon – veuf atone -,
Un naïf air d’antan au charme monotone.

Gérar de Nerval

Solution :

Je suis un vieil inuit au fou katajjaniq,
Prince d’Arnex-sur-Orbe à la tour anodine,
Mon cœur est emporté, noyé par un nodvik
Taguant un soleil noir sur le nez d’une ondine.

Au soir du seize juin, j’ai cueilli la panic
Et les crêtes de coq d’une paissance andine
Pour coller à côté de votre doronic
Sur le pampre rosi (d’un iraquien, pardine !)

Suis-je Phébus, Amour, Lusignan ou Biron ?
Ma face fut orange au bisou de la reine
Et même rouge sang – Toi, Ô, ma souveraine ! –

J’ai traversé, champion, l’Yonne sans aviron,
Jouant à l’orphéon, en aeon – veuf atone -,
Un naïf air d’antan au charme monotone.

Je suis Lusignan.

El Desdicendeur

Une poignée d’Oulipiens se sont essayé, dans C’est un métier d’homme, à réécrire l’Autoportrait du descendeur de Paul Fournel.

En voici-dessous une nouvelle version.

Mon métier, si je puis dire, consiste à descendre du paradis amoureux où soupirait ma sainte et s’écriait ma fée vers la nuit du tombeau où l’on m’a consolé. A descendre le plus vite possible. C’est un métier d’homme.
D’abord, parce que lorsqu’il est au paradis, l’homme sait que l’amour n’a qu’un temps, ensuite parce que lorsqu’il y a plusieurs hommes au paradis, ça s’appelle une maison close mais on s’éloigne du sujet.
Mon métier est humain.
Je suis un ténébreux.
Il y a eu Lusignan, il y a eu Biron, et maintenant, il y a moi. Je serai, cette année encore, vainqueur de la traversée de l’Achéron (ça fera la troisième fois, ceci dit sans me vanter) et médaille d’or au concours des grandes eaux du Père Lachaise.
Je suis l’homme le plus déshérité du monde, le plus veuf, le plus inconsolé et mon travail consiste à créer de la mélancolie.
Tous les grands ténébreux fabriquent de la mélancolie.
Descendre plus vite, c’est d’abord descendre autrement, de façon à créer l’inquiétude et le doute.
Faire pleurer. Se désoler de telle manière que les autres soient persuadés que vous ne tiendrez pas sur vos pattes, jusqu’à ce qu’une génération entière se désole comme vous.
Dans une vie de ténébreux, on ne peut inventer qu’une désolation géniale et une seule.
Les Graveyard Poets sont arrivés de Grande-Bretagne avec la réputation de tristes croque-mort et quelques décennies plus tard, tout le monde écrivait le deuil comme eux.
Maintenant, il y a moi.
Être un grand ténébreux est un état qui exige un don absolu de soi-même et une concentration totale. Je pleure à temps plein. Je pleure et mon luth constellé porte le soleil noir de la mélancolie. Je pleure la Pausilippe et la mer d’Italie. J’esquisse un sourire triste à la sirène qui nage dans la grotte car je sais qu’elle m’aide à mieux pleurer. Je
casse la treille où le pampre à la rose s’allie car je sais que cela m’aidera à pleurer.
Prenez deux hommes à égalité de rougeurs de front et de luths constellés, dans la même nuit du tombeau, mettez-les à côté l’un de l’autre et c’est toujours moi qui glisse le plus vite.
Les modulations sur la lyre d’Orphée, je les fais mille fois par semaine. La rose qui plaisait tant à mon cœur désolé, je la pleure chaque soir avant de me coucher. Je sais toutes les allées du cimetières et les corbillards, je les vois passer au ralenti.
Je me prépare aussi pour l’abolition de ma tour qu’on impose parfois aux sombres princes d’Aquitaine. Le baiser de la reine qui permet au front de rougir encor.
Tout compte dans un recueillement.
Un jour, l’essentiel devient la position du petit tiret qui structure un vers. C’est le tiret qui fait le veuf. Vous avez compté et recompté chaque pied, réajusté quatorze fois une césure, vous vous êtes mis en colère et vous avez hésité entre Amour et Phébus parce qu’en rentrant
dans le tercet, vous vous êtes demandé si vous aviez mis assez de tirets dans le premier quatrain.
Quand j’écris, je pleure. Quand je mange, je pleure. Quand je dors, je rêve que je nage avec une sirène (mais je pleure quand même !). Je constelle mon luth, je traverse l’Achéron. Mon front est rouge encor du baiser de la reine et du cri de la fée.
Lorsque ma seule étoile est morte, ça m’a fait une tonne de chagrin (et même, pour tout dire, de la mélancolie !). Après, il reste un prince d’Aquitaine à la tour abolie dans la nuit du tombeau où nagent tour à tour la sirène et Orphée.
C’est la règle.
Et puis il y a le moment qui arrive forcément dans un deuil, le seul moment de vrai repos, de repos absolu. Le repos du ténébreux.
Vous avez bien constellé votre luth, vous rentrez doucement dans la nuit du tombeau et vous faites ce ridicule rêve, avec la grotte et la sirène (qui n’est pas une sirène de pompier car les ténébreux ne jouent pas sur les mots) qui vous tire vers le buffet où le vin est rouge encor de la mer d’Italie. Et là, c’est le vrai repos, le repos immense. Plus rien n’a d’importance, vous posez votre luth (constellé, comme il se doit !), votre esprit se libère, vous savez que vous allez vous bourrer la gueule.

– Autoportrait du Ténébreux –

El Panscrabblochado

Chaque tercet (en couleur) est écrit avec toutes les lettres du Scrabble français (les deux jokers sont dans une couleur différente)

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé
Voyez mon chat Kiwi qui m’apprit la sor
tie
De Dieu. Sa tombe hanta.
Ça rend gaga, frustré.
Rends moi le Pausilippe et la mer d’Italie.

Va, zouave embrassant, long chien défroqué
sur un wagon joyeux, sikh et brut – facétie ! –

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé
P
orte tes vieux whiskys à la griffue jolie

Ce zéphir en dévers, le barrage en amont,
J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène
ce crawlé s
i kiffant, des yeux bleus de murène.

Zut ma philosophie qui motivait Biron
Modulant tour à tour sur la lyre d’
Orphée
choqua bas Watt, Kelvin,
Lux et sa mini-fée

— Vince Amine, bipo, fils de Jean-Georges Seize —